PORTRAITS D’ACTEURS: Festival des Cultures Urbaines, la jeunesse bergeracoise tient les clés de la ville | 100% Fabrique d’engagement

A Bergerac, le printemps signe le retour du festival « Les Cultures Urbaines ». Manifestation portée de toute pièce par des jeunes à destination des jeunes, ce festival a connu cette année sa septième édition et engage sur le territoire toujours autant de plaisir. Les Cultures Urbaines sont une façon de laisser les clés de la ville à la jeunesse bergeracoise le temps de quelques jours. Rencontre avec Manon (association Altaïr – Danse) et Ade (collectif A² – vidéo), deux jeunes impliquées depuis la première édition des Cultures Urbaines en 2011, Fabienne Chaffanjon animatrice au BIJ/Espaces Jeunes, Marc en Service Civique sur la structure et Jérôme, éducateur au club de prévention L’Atelier.

« Une manifestation ancrée sur son territoire»

Fabrique d’Initiatives Citoyennes : Est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur l’histoire des Cultures Urbaines?

Fabienne Chaffanjon : La première édition, en 2010, a vu le jour suite à une réflexion autour de groupes de jeunes qui pratiquaient le skate dans les rues de la ville. A ce moment-là, un arrêté municipal interdisait cette pratique et la police délogeait les rideurs des trottoirs et autres places publiques. Le BIJ/Espaces Jeunes, existait déjà et servait alors de refuge. Rapidement, la structure s’est emparée de cette question en se rapprochant de l’association périgourdine All Boards Family qui avait partagé les mêmes constats dans la capitale périgourdine quelques années auparavant.

Manon : Je me rappelle que pour la première, All Boards Family est arrivée avec son matériel, ses modules de skate, puisqu’il n’y avait rien à Bergerac. Il y a aussi eu de la danse, des battles de danse et du graff’. C’était une belle première qui a mobilisée beaucoup de monde, surpris, mais aussi donné envie de la reconduire l’année suivante.

Fabienne : La première édition a aussi portée une revendication forte de la construction d’un espace dédié à ces pratiques. La municipalité nous a entendue avec la création dans l’année du skate park de Bergerac. Du coup la deuxième édition a eu lieu sur place.

 

FIC : Pourquoi les Cultures Urbaines, dans une ville certes, mais située sur un territoire fortement imprégné par le milieu rural ?

Manon : Au départ, je crois qu’on avait une passion commune autour des pratiques urbaines. Nous, avec l’association Altaïr, c’était la danse. C’était important de montrer qu’on pouvait sortir des cours « standardisés » dans une école et se retrouver par exemple pour la danse hip-hop, dans la rue, le lieu d’expression premier, comme aux Etats-Unis.

FIC : Aujourd’hui, Manon, Ade, vous qui participez depuis le début, comment vous vous sentez impliqués dans l’organisation des CU ?

Manon : On est force de proposition ! Mais on sait aussi écouter les propositions de la mairie ou de la Communauté d’Agglomération Bergeracoise, comme par exemple, cette année, d’aller à la rencontre des jeunes des centres sociaux pour faire des cours de danse et les amener ensuite à participer à la manifestation.

Ade : Moi je me suis imposé dès le début ! Je voulais participer à quelque chose, peu importe la forme tant que j’y retrouvais ma passion pour la vidéo. Et depuis j’y suis chaque année comme reporter.

Fabienne : On ne travaille pas forcement qu’avec des personnes, mais plutôt avec des relais sur le territoire, des liens étroits avec des associations de jeunes… C’est grâce à ces associations notamment qu’on peut mobiliser des jeunes moteurs pour le projet chaque année. Mais il faut aussi penser à la place qu’on leur laisse.

Jérôme : On a pu voir une forte évolution sur l’engagement des jeunes. Au départ, on était sur des pratiques pas encadrée, d’ailleurs c’est ce qui plait. Les jeunes disent : « on est entre nous, entre jeunes, pas sous le regard de l’adulte ».  Et les Cultures Urbaines permettent pour autant de formaliser et de valoriser cette pratique.

 

FIC : Il y a eu sept éditions, il y a toujours un saut de générations, des jeunes qui partent. Est-ce que certains reviennent pour participer, œuvrent différemment sur le territoire ?

Fabienne : Oui. Je prends l’exemple de Fabrice, 28 ans aujourd’hui, qui est président de l’association de skate et qui ne veut rien lâcher. Les Cultures Urbaines, ça semble être le seul moment pour eux de montrer ce qu’ils font.

Manon : Sur le skate c’est clair. Il n’y a pas de contest le reste de l’année, pas de mise en valeur de leur sport.

Ade : En plus ils sont bien éloignés du centre-ville, le skate-park est excentré pour ne pas déranger.

Jérôme : Ce qui est important aussi, c’est que les Cultures Urbaines ont permis à des anciens pratiquants de se greffer sur la manifestation. Eux qui n’avaient jamais connu de festival dédié à leurs pratiques. Ils ont trouvés à travers cet élan ce qu’ils n’ont pas pu connaître dans leurs  années d’ados. Ils étaient épatés et le sont encore de cette jeunesse qui bouge. Et c’est intéressant car d’habitude c’est l’inverse, ce sont les adultes qui proposent à la jeunesse. Alors que là,  ils se sont faits carrément embarqués dans une dynamique portée par des jeunes et avec un certain plaisir.

« Les adultes se font carrément embarqués dans une dynamique portée par des jeunes et avec un certain plaisir. »

FIC : Et comment les habitants perçoivent vos pratiques lorsque vous êtes en plein cœur du centre-ville à danser, skater, graffer ?

Manon : Pour la danse c’est surtout les parents qui sont étonnés, heureux et fiers de leurs enfants. Surpris aussi que des jeunes soient capables de faire ça. Même si nous en danse on a un contact avec les parents par habitude.

Fabienne : Sur le skate, c’est pareil. On observe que les gens, par exemple au skate-park qui est proche d’une voie de balade familiale, prennent le temps de regarder, se posent en famille. Les élus nous font des retours positifs des habitants.

Retour en images sur l’édtion 2016 – Filmé par le collectif A²

FIC : Et du côté des élus justement, est ce que ça a changé une façon de voir la jeunesse, ses pratiques, ses talents ?

Fabienne : On a la chance d’avoir les Cultures Urbaines comme support de valorisation et les élus municipaux et CAB s’en emparent. On est soutenus et accompagnés.

 

FIC : Vous, les jeunes, êtes amenés à les rencontrer, les préparer, leur expliquer ?

Manon : Oui, on se retrouve tous en amont pour des réunions.

 

FIC : Quel ressenti vous avez sur la façon dont vous êtes pris en compte ?

Manon : Ils s’adressent à nous mais souvent par l’intermédiaire des structures comme le BIJ/Espaces Jeunes. Le contact direct est encore compliqué notamment sur les aspects logistiques, techniques, légaux. En fait on les rencontre mais pas beaucoup.

Fabienne : C’est vrai qu’il y a toujours du travail à faire sur cet aspect. Pour autant, le fonctionnement en réunions de travail permet de les impliquer dans le projet, de co-construire.

 

FIC : Et est-ce que les Cultures Urbaines  sont un pont pour amener les élus, les habitants à aller plus loin, à aller à votre rencontre dans d’autre cadre ?

Ade : C’est sûr, mais pour le moment les Cultures Urbaines  c’est un peu la réunion de l’année. Difficile de les mobiliser ailleurs. Parcontre, plus les années passent plus les activités se diversifient.

Manon : On est encore dans une phase pour « pérenniser » la manifestation.

Ade : Même si ça permet de faire des contacts, de rencontrer des gens.

Fabienne : Moi ce n’est pas l’impression que j’en ai avec ma vision BIJ/Espaces Jeunes. Le jour J, tout le monde est plein d’énergie, mais enclencher sur le reste de l’année c’est compliqué. La difficulté c’est d’une part le temps mais aussi la temporalité. Il faudrait arriver à convertir sur le moment l’énergie du jour J. On a des échéances institutionnelles. Avec le Centre Culturel par exemple c’est des programmations à l’année. A peine fini il faut avoir prévu la suite, mais c’est impossible. Ce n’est pas la temporalité des jeunes.

« Au bout de sept ans, certains n’ont plus besoin de la structure. Certes ils ne mettent pas en place des initiatives à l’échelle des Cultures Urbaines, mais ce sont des énergies qui comptent.»

FIC : Est-ce que la dynamique des Cultures Urbaines semble avoir enclenché quelque chose sur vous, sur les autres jeunes ? Est-ce qu’au bout de sept ans, quelque chose est en train de germer ?

Jérôme : La possibilité existe mais il y a peu de demande.

Fabienne : Il y a un bon exemple quand même comme les projets clips du collectif A² dont fait partie Ade. Ils n’ont plus besoin de nous. Ce n’est pas des initiatives à l’échelle des Cultures Urbaines, mais ce sont des énergies qui comptent.

Ade : Oui, on s’est rencontré avec une amie dans le cadre des Cultures Urbaines et on a fait plein de choses après. Des câlins gratuits sur le marché par exemple.

Jérôme : Nous qui avons plusieurs zones d’interventions avec L’Atelier, on voit des projets qui émergent par les jeunes mais ils ont encore besoin d’un accompagnement. Pour autant on voit aussi des dynamiques de territoires entre des jeunes e quartiers prioritaires et des jeunes du centre-ville. Les Cultures Urbaines servent à faire passerelle.

La vision de Marc sur les Cultures Urbaines, jeune en Service Civique au BIJ/Espaces Jeunes

Moi, c’était la première fois que j’y participé alors que je suis d’ici. J’ai vraiment été surpris.

Mais ça m’a donné envie de m’impliquer, pas forcément en tant que pratiquant mais comme organisateur. Donner de son temps bénévolement, une fois qu’on y a gouté, on a envie de réessayer.

C’est une super expérience, surtout que j’ai un parcours plutôt scientifique et que je me préparais à être ingénieur. J’ai abandonné en cours de route et j’ai sauté sur l’occasion du Service Civique proposé par le BIJ/Espaces Jeunes car je connaissais déjà la structure ayant participé à l’opération Sac à Dos et à la rencontre de jeunes #JeSuisJeune en 2015. Avant le Service Civique, je n’avais jamais mis un pied dans l’animation de manière large, mais finalement je me réoriente en DUT Carrières sociales à Bordeaux. Comme quoi, mon projet professionnel semblait finalisé et a complètement changé. Le Service Civique n’est plus une étape pour patienter, mais plutôt un vrai tremplin vers autre chose. C’est une vraie transformation pour moi d’avoir mis un pied dans la démarche de l’animation. Je me rends compte de tout ce qu’il est possible de faire, pour l’intérêt général, pour l’autre.

>> Plus d’informations sur les Cultures Urbaines

BIJ/Espaces Jeunes de Bergerac

6, Place Doublet – 24100 Bergerac

05.53.58.11.77

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