PORTRAIT D’ACTEUR: des chantiers de jeunes volontaires internationaux qui sèment du lien social en Périgord Noir | 100% Fabrique de lien social

L’association Sem & Vol, délégation départementale du mouvement national Solidarités Jeunesses existe depuis 2015 et déploie sur le sud-est du département plusieurs actions autour de la mobilité des jeunes au travers, notamment, de chantiers internationaux. Depuis le début d’été, plusieurs ont eu lieu. Nous sommes partis à la rencontre de l’association, mais aussi des jeunes étrangers et/ou français qui composent ces groupes engagés pour leurs territoires d’accueil sur le chantier international situé au Lardin-Saint-Lazare, qui s’occupe du nettoyage d’un cours d’eau oublié et non-répertorié sur les cartes départementales…

En parallèle de l’échange collectif, nous prenons le temps de discuter avec, Annah, une jeune volontaire de République Tchèque, professeur des écoles, qui avait besoin d’expérimenter le voyage d’une autre façon et qui porte un regard intéressant sur la jeunesse…

FIC : Comment-vis-tu cette expérience, pourquoi ce besoin de participer à un chantier international ?

Annah : Pour moi ces chantiers sont un moyen de voyager, de partager et de découvrir un ailleurs. Mais d’une façon différente que si je prenais un simple billet d’avion, comme une touriste. On rencontre plein de gens super, on vit en collectivité, on s’auto-organise, ça fait du bien.

FIC : Toi qui est déjà dans la vie active en République Tchèque, qui a du recul sur ton pays et l’expérience de ce chantier, comment est-ce que tu perçois l’intérêt porté à la jeunesse ? Y a-t-il une différence notable entre nos pays ?

Annah : C’est difficile à dire. Je n’ai pas assez de recul sur la France. Par contre, en République Tchèque, on ne fait rien pour la jeunesse c’est clair. Le nouveau président et son premier ministre, comme tout le reste des élus jusqu’au plus petit échelon ne sont que des orateurs qui manipulent les mots. Mais finalement, dans les actes ça ne marchent jamais. Ils parlent plus d’économie que de vivre-ensemble. Ils gèrent le pays comme une entreprise, avec les citoyens modèles et les oubliés.

FIC : Ici, en France, l’on dit souvent que le problème c’est le fossé entre les générations, que les adultes ne comprennent pas les jeunes….

Annah : C’est pareil chez nous ! En tout cas c’est le ressenti que l’on a. Et puis il y a aussi un fossé entre les villes et les campagnes. Avec notre passé historique, les campagnes ont toujours étaient livrées à elles-mêmes. Du coup ses habitants aussi.

Pablo, volontaire en Service Volontaire Européen au sein de l’association depuis mars se greffe à la conversation durant le déjeuner et nous parle des difficultés à construire sa mobilité internationale mais aussi du bénéfice que l’on en retire.

FIC : Comment tu t’es retrouvé ici ?

Pablo : En fait après des études équivalentes à Sciences Politiques ici en France, j’ai ressenti le besoin de voyager, de faire des rencontres. J’ai d’abord profité du dispositif Erasmus avec l’université pour mon premier voyage, puis j’ai enchaîné. Je crois que j’ai utilisé tous les dispositifs possibles et inimaginables pour partir à l’étranger en étant accompagné pour des dispositifs financiers et d’accueil dans le pays (rires).

FIC : Justement, avec ton recul, est-ce que tu penses qu’il est facile de construire sa mobilité à l’étranger ?

Pablo : Moi je pense que oui. Parce que mon caractère m’a poussé à aller à la recherche d’informations, à me débrouiller. Mais c’est vrai que ça peut être compliqué. Il y a beaucoup de dossier à remplir, de personnes à contacter et parfois de portes à pousser… Il faut insister, relancer, se vendre, vendre son projet et surtout en construire un. Ce n’est pas donné à tout le monde. Il faudrait que ce soit plus simple.

FIC : Pour toi, ces expériences, qu’est-ce qu’elles peuvent changer chez un jeune ?

Pablo : Tout. C’est tellement extraordinaire. Je sais qu’un jour je reviendrai, comme ça, à l’improviste voir si quelque chose à changer, si les gens rencontrés sont toujours là. Je viendrais aussi donner de mes nouvelles. On arrive dans l’inconnu et on s’attache. On est chez nous pendant quelques jours, semaines, mois,….

FIC : Et comment tu partages cette expérience avec ton entourage, tes amis, ta famille, d’autres jeunes,… ?

Pablo : Jusque-là, des retours photos et de longues soirées à expliquer ces belles aventures. Mais cette fois-ci avec Adeline, nous avons construit un partenariat avec Radio Libres en Périgord, une radio associative de Coulounieix-Chamiers. Du coup, je suis équipé avec un enregistreur audio et je fais des interviews des jeunes et des habitants que je rencontre. Je veux faire des podcasts de ces rencontres et pouvoir les diffuser à tous. Pour montrer que la mobilité c’est possible, mais surtout que c’est un bénéfice pour soi et les autres. Même pour la ville qui nous accueille.

Pablo, fait ressortir un questionnement que nous avions. Et le territoire d’accueil dans tout ça ? Quel intérêt d’accueillir ces chantiers ? Nous avons rencontré deux élus du Lardin-Saint-Lazare, mais aussi deux responsables du Syndicat Mixte du bassin versant de la Vézère, en charge de la gestion des cours d’eau…

Philippe – Responable au Syndicat Mixte

«  On se prend d’attache pour ces jeunes. Ils travaillent bénévolement, avec le sourire et l’envie de bien faire les choses. C’est intéressant pour nous de participer à ces chantiers aussi. On transmet un bout du patrimoine de notre région et ils repartiront avec cette expérience. Mais cela questionne quand même. Pourquoi, il faut que ce soit des jeunes d’ailleurs qui se chargent de nettoyer un ruisseau ? Ce cours d’eau, c’est un bien commun, il passe en bas des terres de plusieurs personnes, il permet d’arroser le jardin, et pourtant personne ne le nettoie ne serait-ce qu’un peu. J’espère que cette expérience encouragera des jeunes d’ici à s’impliquer pour leur commune.

Olivier Rouzier – Élu en charge de la coordination des chantiers internationaux à la commune

« Accueillir ces chantiers est une véritable opportunité pour nous. Ce partenariat (avec Sem & Vol) est tout jeune, plein de choses restent à construire. Pour autant, on voit déjà le bénéfice.

Au départ, les habitants étaient réticents, se demandaient pourquoi ces jeunes étaient là. On a même entendu « C’est des migrants » par certains de nos administrés. Plus que de nous mettre en colère, cela renforce notre envie de développer ce genre d’actions. Permettre la rencontre et le lien aux autres, c’est ce qui fait avancer un village, une région, mais aussi tout un pays. Aujourd’hui certains de nos habitants prennent le temps de la rencontre. Ils apportent à manger et à boire aux jeunes des chantiers. C’est positif. Ces chantiers sont aussi une passerelle pour rattraper les jeunes du territoire. Ceux qui ne sont que de passage, qui n’étudient pas ici, qui ne travaillent pas ici. C’est l’occasion de valoriser une dynamique communale, un patrimoine,… »

Jean-Claude Bernateau – Adjoint au maire

« Le véritable avantage d’accueillir ces chantiers c’est qu’ils permettent le brassage des populations ! Le travail devient un média au sens premier, une voie de communication et d’échange entre les gens. »

>> Plus d’informations :

Sem & Vol – Okazaki Adeline

06 50 42 58 20 – aquitaine@solidaritesjeunesse.org

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