FOCUS SUR : La coéducation au cœur des préoccupations ! | 100% Fabrique de coopération

Respect. Dialogue. Croiser les regards. Partager des valeurs. Construire ensemble. Confiance réciproque. Coopération. Liens. Interdépendance. Réseau d’acteurs. Faire cause commune…

Tant de mots et d’expressions invoqués pour parler de coéducation qui font aussi écho à la mission et aux valeurs de la Fabrique Citoyenne Dordogne, qui affiche depuis le début de son existence cette volonté de concertation et de co-construction également – faire société autour d’un projet commun.

C’est donc avec grand intérêt que nous avons assisté, mardi 12 décembre, à une journée entièrement dédiée à ce sujet, organisée par la Fédération des centres sociaux du Périgord, avec le soutien de la CAF et de la DDCSPP – à la Filature de l’Isle.

Représentants institutionnels, professionnels de la petite enfance, animateurs enfance et jeunesse, salariés d’associations et de collectivités territoriales, bénévoles et parents…ils étaient une soixantaine, venus des 4 coins du département, pour échanger sur leurs pratiques et approfondir leur compréhension de ce sujet grâce à l’éclairage de Jean Bourrieau, Docteur en Science de l’Éducation et auteur de l’ouvrage « L’éducation populaire réinterrogée ».

Un programme bien riche !

Dans un premier temps, par petits groupes, Jean leur a demandé de définir avec leurs mots ce que représentait pour eux la coéducation, puis de décrire ce que ça devrait être et enfin de donner un exemple de démarche co-éducative.

Voici un aperçu de leurs contributions :

 

Après la restitution de ce premier temps de travail et la présentation, avec l’aide d’un Powerpoint, des témoignages de familles récoltées en amont de la journée, Jean a pris la parole pour rebondir sur tout ce qu’il avait entendu et développer sa pensée/sa réflexion sur le sujet en partant de ces premiers éléments.

La pause déjeuner fut marquée par un excellent buffet de mets confectionnés à base de produits locaux et de saison par le collectif Les Pieds dans le plat : velouté au potimarron, taboulé de saison, tartine avec du pâté végétal, tartes aux poireaux et camembert, compote de pomme et gâteaux à la noisette.

L’après-midi repartit sur le même modèle que le matin, avec un premier temps de travail en groupes (plus long cette fois-ci) avant de se retrouver pour la restitution des différents échanges, commentée et approfondie par Jean. Les participants avaient été amenés à réfléchir sur 3 questions différentes :

  • Quels sont les éléments incontournables d’une démarche de coéducation ?
  • Comment construire une démarche de coéducation sur un territoire ?
  • Comment faire connaître et partager une démarche de coéducation ?

Petit tour d’horizon des notions et idées clés à retenir de la journée  :

  • L’éducation est par essence globale et concerne tout autant le développement des capacités cognitives, affectives, sociales, morales, sensibles et moteurs de l’enfant
  • Les acteurs éducatifs sont multiples, il y a ceux auxquels tout le monde pense (la famille, l’école, les animateurs) et ceux qu’on oublie et qui pourtant jouent un rôle important également (les enfants entre eux, le personnel de service à l’école, la police, les gardiens d’immeuble, les artisans, les commerçants)
  • L’éducation se fait de manière volontaire ou non, on parlera alors d’influences éducatrices (involontaire) ou d’influences éducatives (volontaire, pensée, organisée) – un des enjeux de la coéducation est de faire en sorte que ces influences soient toutes éducatives
  • La famille, et surtout les parents, occupent une place centrale dans ce travail en commun, dans cette expérience collective – si les autres « co-éducateurs » rencontrent des difficultés à impliquer les parents, ils doivent commencer par remettre en question leurs postures
  • Importance donc de questionner les postures des acteurs éducatifs, en faisant un pas de côté, et de reconnaître les « savoirs citoyens » – d’usages, militants et professionnels (Héloïse Nez)
  • L’école ne représente que 10 à 15% du temps de l’enfant – tout est relatif, la majeure partie de l’éducation des enfants va donc se passer en dehors de l’école – on peut parler du temps de la famille, du temps de l’école (et périscolaire) et du temps libre (contraint et non contraint)
  • La coéducation c’est donc une responsabilité partagée, à travailler ensemble et à co-construire en cohérence pour accompagner l’enfant dans son développement personnel, sa socialisation et son émancipation – d’où l’importance d’organiser des temps de réflexion et de concertation régulièrement entre les différents acteurs, des « réunions de cohérence »
  • L’interdépendance et la spécificité de chaque co-éducateur est reconnue pour bâtir une réelle complémentarité qui va permettre de construire une continuité éducative ou « chaîne éducative » autour de l’enfant, avec l’enfant
  • La coéducation ce n’est surtout pas un encerclement de l’enfant ou une uniformisation des pratiques éducatives
  • Au contraire, grâce à une démarche co-éducative effective, l’enfant pourra découvrir de nombreuses valeurs, être exposé à divers modes d’identification à des adultes et bénéficier d’une multiplicité d’occasions d’apprentissages.

La coéducation comme lieu de pratique  de la démocratie !

Pour conclure, Jean Bourrieau a tenu à souligner l’importance de l’échelon local dans toute démarche co-éducative, au regard du contexte actuel de « diminution de la démocratie » qu’il observe dans notre pays. Ces démarches doivent se passer « au plus près » du terrain et de la réalité, dans des lieux de prise de parole et d’actions…des lieux de pratique de la démocratie où on retrouve ses principaux ingrédients : information, discussion, négociation, délibération, prise de décision, mise en œuvre et évaluation en commun.

Ainsi, on peut voir que la coéducation va plus loin que le « simple » partenariat entre différents acteurs. Il s’agit d’un engagement sur des valeurs partagées qui a une finalité d’ordre politique puisqu’elle constitue une voie d’accès privilégiée vers l’apprentissage et la pratique de la citoyenneté et de la démocratie.

Dans un contexte de désaveu de la politique et de notre système représentatif, l’enjeu majeur de la coéducation ne serait-elle donc pas de (re)poser les jalons de la démocratie ?

 

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