PORTRAITS D’ACTEURS de la coéducation dans notre département | 100 % Fabrique de coopération

La coéducation est un sujet qui nous concerne tous, de près ou de loin, qu’on s’en rende compte ou pas…nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, amenés à contribuer au développement de nos enfants, des enfants qui nous entourent. A l’occasion d’une journée dédiée à cette question, quelques participants ont bien voulu jouer le jeu de l’interview pour nous faire part de leur expérience de « co-éducateur.trice ».  

Olivier Chardelin, Responsable du Pôle Enfance-Jeunesse au Centre social et culturel de Thenon Causse et Vézère

Olivier a participé à la mise en place des TAP sur l’ensemble du secteur couvert par le centre social. Il a aussi contribué à l’élaboration d’un projet éducatif de territoire aux côtés d’autres acteurs. Il se sent donc complètement concerné par le sujet de la coéducation.

Y a-t-il un espace privilégié pour s’inscrire dans cette démarche ?

Pas forcément d’espace privilégié, on est tous acteurs de la coéducation (que ce soit les parents, bénévoles, intervenants, animateurs, responsables de la cantine comme le disait Jean Bourrieau tout à l’heure). Il n’y a pas de lieu référent sur la coéducation.

Y aurait-il une ou des posture(s) essentielle(s) à avoir dans l’accompagnement d’un enfant en équipe ?

Il faudrait que tous les acteurs travaillent dans la même direction, qu’ils aient le même vocabulaire, les mêmes intentions pour favoriser l’épanouissement et le développement de l’enfant.

Dans le cadre de votre travail, arrivez-vous à impliquer les familles dans cette démarche (que ce soit les parents, les grands-parents, des proches qui vont être au contact de ces enfants au quotidien) ?

C’est assez compliqué d’impliquer les parents dans notre domaine. On les côtoie au jour le jour, il y a quand même des choses qui sont faîtes mais c’est vraiment très ponctuel. Dans mon service, il n’y a pas forcément beaucoup d’investissement des parents. Ils voient notre action comme un mode de garderie, ils ne le voient pas comme une opportunité pour eux de s’investir dans l’éducation de leur enfant ou des enfants en général.

Donc la difficulté principale viendrait de l’attitude ou de la disposition ou non des parents à s’impliquer à vos côtés ?

C’est ça, sans les parents c’est difficile de travailler sur la coéducation puisque c’est eux qui sont avec leurs enfants au quotidien.

Et du coup, est-ce que vous avez une solution pour surmonter ce frein ?

On y travaille, la réflexion pour 2018 c’est de créer une commission ou un comité de pilotage avec quelques parents (même si ce n’est que 3 ou 4 parents) sur une réflexion autour de la vie de  l’Accueil de Loisirs Sans Hébergement, sur l’écriture du projet pédagogique, sur baptiser le centre de loisirs qui jusqu’à présent n’a toujours pas de nom…pour qu’ils s’approprient un peu l’accueil de loisirs. 

 

Sonia et Bernadette (salariées), Geneviève (bénévole), Emine et Giorgianna (2 mamans d’enfants qui fréquentent l’EVS), Espace de Vie Sociale Temps Jeunes à Terrasson

Elles sont venues car la coéducation est un de leur cheval de bataille depuis pas mal d’années, au centre de leurs activités. Donc elles sont à la recherche d’informations, d’éléments nouveaux et puis pour voir si leur fonctionnement, leurs façons de faire, leurs idées ne sont pas « à côté de la plaque » afin d’éviter de faire des erreurs que ce soit au niveau professionnel ou personnel.

Pour commencer, par rapport aux échanges de ce matin, qu’est-ce qui vous a semblé particulièrement important ? Qu’est-ce qui vous a parlé ?

Geneviève : Ça m’a conforté dans le fait que ce qui se passe chez nous ce n’est pas si mal et, par contre, au niveau de l’Éducation Nationale, j’ai cru comprendre que c’était plus compliqué, un peu rigide peut être.

Emine : L’éducation c’est d’abord la famille puis l’école…ça se suit, c’est comme ça.

Bernadette : …et peut être l’accompagnement qu’il y a autour puisque depuis très longtemps tu as eu des enfants qui ont été inscrits à l’aide aux devoirs le soir. Ça a peut être aidé aussi dans les activités, à l’éducation…on a partagé des moments d’éducation ensemble.

Donc là, vous êtes en train de me dire que madame s’implique dans l’éducation de ses enfants à vos côtés, à travers les activités proposées par l’EVS mais aussi à l’école. Elle vient vous parler, elle est dans le dialogue…c’est intéressant car justement, dans un autre entretien, un des freins à la coéducation qu’il rencontre dans son travail c’est le manque d’implication des parents, certains qui voient ça un peu comme un service, qui ont une attitude de « consommateurs » vis-à-vis des animateurs de l’accueil de loisirs : on laisse son enfant, on n’est pas actif dans …

Emine : Si les parents sont derrière les enfants après ça suit. Si les parents ne sont pas là, les enfants ne peuvent pas aller loin. Les instituteurs et les animateurs sont derrière aussi mais si moi je ne suis pas mes enfants, ce n’est pas pareil. C’est une équipe. Co-éduquer, c’est ensemble.

Bernadette : C’est vrai que ça fait partie de notre travail. Même c’est quelque chose d’essentiel de travailler avec les parents. Les parents qui deviennent des amis parce qu’on traverse le temps ensemble. On a fait tout un travail depuis des années. On ne travaille pas que dans un bureau, on les retrouve à l’extérieur, pour faire des ateliers, partager des moments ensemble, autres que « scolaire ». Ce qui est important aussi car souvent les parents ont plutôt envie d’oublier leur scolarité. Ce n’est pas évident de faire le lien avec l’école donc nous en tant qu’association on est là aussi pour pouvoir les aider à « pénétrer » à l’école, à monter des projets, à faire des choses ensemble, à partager.

Emine : Oui c’est ça, on est une grande famille.

Sonia : Des parents qui ne sont pas investis et qui considèrent ce qu’on apporte, aussi bien au niveau scolaire qu’au niveau animations, comme un service, il y en a, évidemment. Mais c’est vrai que tout notre travail, c’est d’essayer d’une façon ou d’une autre d’arriver à les accrocher, à les intéresser à autre chose…alors ce n’est pas le plus simple, on est bien d’accord, mais ça fait partie de ce que l’on doit faire.

Geneviève : C’est ça que je voulais dire. Par le biais des ateliers Cuisine ou des sorties, on rencontre vraiment les mamans, les parents. En tant que bénévole, ça me fait du bien, ça me fait plaisir. L’approche est différente et on peut créer des liens avec les parents.

Très bien. Je vais me tourner vers Giorgianna. Toi au niveau de l’EVS, qu’est-ce que tu as trouvé qui t’aide par rapport à ton fils, pour son accompagnement ?

Ils m’aident avec les devoirs d’Adelin. Après avoir participé à un atelier de chant l’année dernière, on a participé à un voyage en Allemagne Je suis partie avec mon fils, on a pu vivre de beaux moments ensemble. Aussi, j’apprends le français grâce à l’EVS.

Dernière question : est-ce qu’il existe selon vous un espace privilégié pour cette démarche de coéducation ? Est-ce que vous diriez que c’est justement dans un espace comme le vôtre ou un centre social ? Ou pensez-vous que c’est possible partout, en fonction de la manière dont les personnes s’emparent de cette question ?

Sonia : A l’intérieur d’une structure clairement défini, comme un EVS ou un centre social, je ne suis pas sûre. Nous, on a des sites à l’extérieur qui sont sur des sites d’habitation donc déjà on va vers eux et non pas l’inverse, on va dans leurs lieux de vie. Pour l’autre site, à l’école, je dirais que c’est bien aussi car lorsque les enfants sortent de l’école, les animateurs et les bénévoles sont avec eux et en profitent pour parler avec les parents. C’est une façon de leur dire « vous pouvez venir », l’école ne va pas être un gouffre ou quelque chose qui va vous avaler, ça va bien se passer. Après dire « c’est dans ce lieu qu’on doit se voir et pas ailleurs », non. Je ne pense pas que pour nous ça marche. C’est justement parce qu’on se voit ailleurs et aussi parce qu’on se voit sur des questions quotidiennes. Je crois que c’est tout simplement ça, qu’on se rende compte qu’on soit salarié, bénévole, maman, papa, et bien on a des vies qui sont les mêmes, avec des questionnements qui se retrouvent, avec des plaisirs, des tristesses, des joies, etc. Je crois que c’est important.

Emine : Le Temps Jeunes c’est une grande famille, on se réunit, on fait des repas des différents pays une fois par mois, chaque coutume, on parle, on partage.

Giorgianna : C’est une famille oui, qui m’aide à apprendre le français. C’est pour ça, je sors de chez moi, je vais avec elles, je passe des beaux moments.

 

Myriam Leclerc, Conseillère d’Éducation Populaire et de Jeunesse à la DDCSPP Dordogne

Qu’est-ce qui t’amène à être présente ce matin ?

J’ai entre autres des missions sur les politiques éducatives territoriales et, à la base, cette journée nous l’avions travaillé avec différents acteurs associatifs qui font partis du groupe d’appui départemental de la mise en place des projets éducatifs de territoire (PEDT). La réflexion était de se dire pourquoi ne pas proposer des formations informelles et complémentaires à d’autres formations pour tous les acteurs éducatifs qui gravitent autour de la mise en place de ces PEDT. C’était une réelle demande de quelques acteurs en particulier, comme les élus et les responsables coordinateurs des PEDT, de travailler sur cette question de la coéducation. Question qui, au final, était au cœur des réflexions lors de l’élaboration et de la mise en œuvre de ces projets.

Alors que retiens-tu des premiers échanges et de la première intervention de Jean Bourrieau ?

A un moment, il a dit qu’il fallait « donner la parole aux acteurs en direct », aux enfants, aux adolescents, aux parents, aux autres acteurs…alors déjà il faut savoir récupérer vraiment la parole. Se poser la question de « comment » la récupérer pour être sûr qu’il s’agisse de leurs paroles. Et puis après, il faut voir ce qu’on fait réellement à partir de ces paroles récoltées…

Aussi, la question des acteurs est primordiale. Bien identifier les différents « co-éducateurs ». Comme Jean l’a remarqué, on a tous tendance à penser aux mêmes et à en oublier quelques-uns.

Justement ces acteurs, nous allons les retrouver dans différents lieux…du coup, selon toi, y aurait-il un espace privilégié pour mettre en place une démarche co-éducative ou au contraire c’est quelque chose qui devrait « infuser » tous les champs d’actions, tous les lieux ?

Au final, on a pas mal de lieux d’expression de cette coéducation mais on ne s’en rend pas forcément compte. Quand on est dans un conseil d’école par exemple, il y a différents partenaires de présent. Après, en effet, l’école prend peut être toute sa place et les autres partenaires ne sont pas conscients de leur importance auprès des enfants.

Je pense que les PEDT donnaient justement la parfaire opportunité pour réunir autour d’une même table tous les acteurs concernés dans l’éducation de nos enfants, qui ont tous quelque chose à apporter à la discussion (des apports non-négligeables), et qui n’avaient pas pour habitude de se rencontrer et de travailler ensemble. Cette réforme a donc été bénéfique dans ce sens et a lancé une belle dynamique dans certains cas.

On l’a vu sur les territoires où ces lieux de parole/de concertation avec tous les co-éducateurs ont existé, où la mayonnaise a prise, ça a donné naissance à de beaux projets. Malheureusement, ça n’a pas été le cas partout. Tout dépend de comment ces temps ont été organisés mais surtout de la posture de chaque acteur. Sur certains territoires, cela n’a pas fonctionné.

Finalement, qu’on l’appelle PEDT ou non, l’important c’est de réunir tous les acteurs éducatifs concernés autour d’une table pour élaborer la politique Enfance-Jeunesse d’un territoire donné. Ça me semble essentiel.

Par ailleurs, si on prend l’éducation populaire, son essence même, c’est de la coéducation tout au long de la vie, dans tous les espaces, à tout âge !

Dans ton expérience, dans ton travail, où tu as sûrement l’occasion d’observer différentes tentatives de démarches co-éducatives, qu’est-ce qui fait que dans certains endroits les familles vont vraiment se sentir impliquer et être au cœur de ces démarches et qu’au contraire, sur d’autres territoires, on a l’impression que les parents ont plus une attitude de « consommateurs », ce qui rend difficile un travail de co-construction, de coéducation ?

Je pense que la différence se fait si les parents sont impliqués dans le « parcours » de leurs enfants et dans le projet éducatif de la commune, de l’association dès le début, dans les premières années de vie de leurs enfants. Du coup, en quelque sorte, on peut dire qu’ils ont déjà eu une « éducation à l’implication, à la coéducation », les choses vont se faire plus facilement, on va pouvoir les retrouver après, ils vont continuer à s’impliquer en trouvant leur place, conscient de leur importance dans cette démarche. Le projet commun devient alors le projet de tous. D’où l’importance de l’attitude, de la posture et des « ambitions » des acteurs éducatifs autour des parents (enseignants, animateurs, élus, etc.).

 

Bernard Merle, retraité de l’éducation nationale (enseignant au lycée Albert Claveille – Périgueux), 1er adjoint au maire de Bussac et bénévole du CLAS au collège de Brantôme

Tout d’abord, pouvez-vous nous dire en quelques mots la raison de votre présence aujourd’hui?

J’ai assisté à cette journée car je suis intéressé par tout ce qui touche à l’éducation (déformation professionnelle certainement).

Et du coup, qu’avez-vous pensé de la journée?

J’ai trouvé l’intervenant très intéressant avec une connaissance très pointue des problématiques de l’éducation. Donc la matinée a été plutôt enrichissante. Par contre l’après-midi a été, pour moi, décevante car, comme je l’ai indiqué en fin de séance, seule la parole des centres sociaux a été entendue. Hors si on veut faire un débat sur la coéducation il est indispensable que tous les acteurs potentiels soient présents (au minimum les familles et les enseignants). Même si je pense que les centres sociaux peuvent être acteurs de la coéducation, les exemples avancés par ces derniers étaient plus des problématiques de résolution de problèmes sociaux que d’éducation, c’est bien normal puisque c’est leur métier. Attention, je ne nie pas qu’il puisse y avoir une dimension éducative dans leurs actions.

Selon vous, y a-t-il un espace privilégié pour s’inscrire dans une démarche de coéducation ?

Je ne pense pas qu’il y ait un espace privilégié pour faire de la coéducation, l’éducation pouvant, et devant pour moi, être dispensée en tout lieu. Mais s’il fallait en désigner un en particulier, je citerai l’École qui à mon sens est le premier lieu de vie en société auquel les enfants sont confrontés, et où sont présents, des enseignants, assistantes sociales, infirmières, associations de parents et autres personnels. De quoi couvrir la majeure partie des domaines de l’éducation.

Quels leviers avez-vous identifié pour réussir une démarche co-éducative? Quels freins?

Pour réussir une démarche de coéducation, il faut d’abord une structure coordinatrice qui permette aux différents acteurs de se mettre d’accord sur ce que doit être l’éducation et sur sa nécessité pour nos enfants et la société que l’on souhaite construire ensemble. Les acteurs devant avancer tous vers le même objectif.
D’où l’obligation de se parler et de s’écouter. Premier levier pour inciter les familles à participer activement à une telle démarche. Autre levier, bien faire sentir que l’éducation n’est pas l’affaire des professionnels mais bien une démarche collective où les parents, quel que soit leur niveau d’instruction, ont un rôle essentiel à tenir. Le frein que je peux y voir est la disponibilité des parents qui sont souvent très pris par leur travail et leur vie familiale.

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